Lors de l’Assemblée générale ordinaire du Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM), qui s’est tenue le mardi 30 juin 2026 a son siège à Douala, Célestin Tawamba, son président, a dressé un tableau particulièrement sombre de l’économie camerounaise. Chiffres à l’appui, il a dénoncé une croissance insuffisante, une dette publique en forte progression, une baisse des investissements étrangers et, surtout, une action publique qu’il juge trop lente face aux défis économiques.
Selon le président du GECAM, la croissance du Cameroun est tombée à 3,1 % en 2025, contre 3,5 % en 2024, un rythme qu’il estime incompatible avec l’objectif d’émergence fixé par le gouvernement à 2035. À titre de comparaison, l’Afrique subsaharienne devrait enregistrer une croissance moyenne de 4,5 %, tandis que l’UEMOA atteindrait 6,4 %, contre seulement 2,6 % pour la CEMAC, dont le Cameroun demeure l’économie la plus importante.
Cette contre-performance s’explique notamment par l’effondrement du secteur pétrolier. La branche des hydrocarbures s’est contractée de -6,9 % en 2025, après une baisse déjà importante de -9,7 % en 2024, confirmant selon le GECAM que le pétrole ne constitue plus le principal moteur de croissance du pays. Les autres secteurs ne présentent guère un tableau plus rassurant. Dans le secteur primaire, la croissance est passée de 3,6 % à 1,7 % en un an. L’agriculture industrielle et d’exportation a basculé de +8,7 % en 2024 à -3,2 % en 2025, conséquence des difficultés climatiques et du recul des exportations de plusieurs filières. Le coton apparaît comme l’un des principaux symboles de cette dégradation. La production n’a atteint que 286 000 tonnes, très loin de l’objectif fixé à 400 000 tonnes. Les volumes exportés ont chuté de 24 %, tandis que la valeur des exportations s’est effondrée de 29,8 %.
Même les filières les plus performantes révèlent certaines fragilités. La campagne cacaoyère affiche une production record de 309 518 tonnes, mais les volumes exportés diminuent de 9 %, malgré une hausse de 18 % de la valeur des exportations grâce à l’envolée des cours mondiaux. Le café suit une tendance comparable : la production progresse de 10 562 à 11 637 tonnes, alors que les quantités exportées reculent de 2 %, compensées par une augmentation de 3,9 % des recettes.
Parallèlement, le Cameroun continue d’accroître sa dépendance alimentaire. Les importations de maïs ont augmenté de 4,5 %, illustrant selon le GECAM les difficultés persistantes à assurer la sécurité alimentaire nationale.
Le secteur industriel peine également à jouer son rôle de moteur de transformation économique. Sa croissance ne progresse que de 1,7 % à 2 %, tandis que les industries manufacturières ralentissent de 2,9 % à 2,2 %. Le patronat attribue cette situation au coût élevé de l’énergie, aux difficultés logistiques, aux contraintes de financement et au manque de compétitivité de l’appareil productif.
Quelques indicateurs demeurent toutefois orientés à la hausse. Le bâtiment et les travaux publics progressent de 4,3 % à 4,8 %, les activités d’eau et d’assainissement atteignent 6,4 %, les technologies de l’information affichent une croissance de 9,3 %, les services financiers culminent à 9,7 %, tandis que l’hôtellerie-restauration progresse de 6,3 %.
Le président du GECAM s’inquiète également de la trajectoire des finances publiques. En un an, la dette publique est passée de 14 549 milliards de FCFA à 15 416 milliards de FCFA, soit une progression de près de 900 milliards de FCFA, portée principalement par une augmentation de 7,4 % de la dette extérieure. Dans le même temps, les investissements directs étrangers demeurent très inférieurs au potentiel du pays, alors même que la concurrence entre économies africaines s’intensifie.
Au-delà des statistiques, Célestin Tawamba concentre ses critiques sur le fonctionnement de l’État. Selon lui, l’économie camerounaise souffre aujourd’hui d’un climat d’attentisme caractérisé par la rareté des décisions structurantes, la lenteur des arbitrages administratifs et le retard dans l’exécution des projets publics. « Le coût de la non-décision dépasse aujourd’hui celui de l’action », affirme-t-il, estimant que cette absence de visibilité fragilise la confiance des investisseurs et pousse de nombreuses entreprises à reporter leurs investissements.
Pour le patronat, le Cameroun ne souffre plus d’un manque de stratégies ou d’études. « Les rapports existent, les plans existent, les recommandations existent. Ce qui manque désormais, c’est l’exécution », résume le président du GECAM. Il appelle ainsi les pouvoirs publics à accélérer les réformes, à améliorer la qualité de la gouvernance économique et à créer un environnement plus favorable aux entreprises. Selon lui, l’attractivité d’un pays ne dépend plus seulement de ses infrastructures ou de sa fiscalité, mais surtout de sa capacité à décider rapidement, à exécuter les politiques publiques et à respecter ses engagements. Tout en saluant certaines avancées, notamment la réforme du cadre des investissements et l’instauration d’un dialogue plus structuré entre l’État et le secteur privé, le GECAM estime que ces progrès restent insuffisants au regard de l’ampleur des difficultés économiques auxquelles le Cameroun est aujourd’hui confronté.
Hon E. FOPOUSSI FOTSO (Eco-News)

