La philippique du Pr Calvin Oyono Abah, est celle qui a allumé cette mèche de la polémique autour de l’absence du Président dans son pays depuis le 7 juin 2026. L’auteur qui demandait alors au Président du Conseil Constitutionnel de constater la vacance à la tête de l’Etat du Cameroun n’est pas n’importe qui. Il est l’une des victimes de la crise postélectorale du 12 octobre 2025, puisqu’il est passé par la case prison avant de retrouver la liberté.
Au moment où il dénonce cette absence à la tête de l’Etat, on est alors qu’à un petit mois. Depuis lors, un record a été battu.
Pour lui répondre, le Pr Fame Ndongo, ministre de l’enseignement supérieur étale ses connaissances sémiologiques pour dire qu’il n’y a «ni vacance, ni somnolence, ni jactance et ni médisance» à la tête du Cameroun, Paul Biya selon lui étant en tout temps et en tout lieu en service.
La vérité est que Paul Biya renoue simplement avec ses vieilles habitudes qui lui avaient valu le surnom de «vacancier au pouvoir» depuis plusieurs décennies. La différence avec le passé est que l’homme a de plus en plus du mal à masquer ses défaillances, du reste normales chez le nonagénaire qu’il est. D’ailleurs, dès les premiers jours d’absence, un journal parisien l’avait déclaré très malade et suivant des soins dans une clinique privée en Suisse. Le ministre de la communication René Sadi était monté au créneau pour parler de «malveillances» sans trop convaincre.
Ce qui aurait pu tordre le cou à la polémique, à savoir l’apparition publique tardant à se manifester, on assiste plutôt à des faits et manœuvres qui amplifient le sentiment de vide à la tête de l’Etat. On a ainsi eu droit à un vrai faux gouvernement et surtout à la nomination d’un Vice-Président sans que l’opinion ne soit convaincue de ce qu’il en est réellement. Silence de Paul Biya dans ce halo de mystère.
En restant sur le terrain de la Constitution, l’opposition est arrivée à la conclusion que les séjours hors du pays du chef de l’Etat ne sont pas encadrés. Bref, Paul Biya peut passer tout son mandat hors du pays, il restera Président sans aucune conséquence. D’où des recommandations qui ne risquent pas d’être prises en considération comme ce que l’Udc de Mme Tomaïno Ndam Njoya vient de formuler en appelant à une «continuité garantie de l’Etat en toute circonstances». Pour éviter qu’une absence indéfinie du chef de l’Etat ne puisse pas se transformer en crise politique et pour éviter que les insuffisances des mécanismes constitutionnels ouvrent la porte à une crise institutionnelle, Tomaïno Ndam Njoya proposait de définir une procédure impartiale de constatation de l’empêchement temporaire. Comme elle, le Pcrn de Cabral Libi appelle à un encadrement des absences prolongées du chef de l’Etat hors du pays par des règles et des délais précis.
En face, on l’a dit, le gouvernement peine à répondre par des arguments construits. Le DCC a dit que ceux qui disent que le Président est mort, pourraient bien mourir avant lui. Pour sa part, le ministre de travail a estimé que le Président de la République en tant que employé du peuple, avait droit à des vacances.
Michel Eclador PEKOUA

