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Komidor à l’épreuve des alliances politiques à l’Ouest

Sous fond de mise à l’écart des vieux compagnons de Paul Biya usés par l’âge, le meeting de remiercements pour l’élection du Très Honorable Datouo Théodore dessine la carte d’un futur agité pour le parti présidentiel à l’Ouest

Par Eclador Pekoua 5 min de lecture
Komidor à l’épreuve des alliances politiques à l’Ouest

La première réunion préparatoire du meeting dit de remerciement des populations de l’Ouest à Paul Biya pour l’élection du député Théodore Datouo à la Présidence de l’Assemblée nationale a eu lieu le 4 juillet 2026 à la maison du parti de Bafoussam. En dépit des bonnes résolutions qui en sont sortis, les observateurs ont noté les absences significatives de certains barons locaux pourtant présents dans la ville. Ce jour-là, le patron des lieux, Dr Nji Komidor Njimoluh Amidou avait été le dernier à partir des lieux, juste après le préfet Yampen Ousmanou et Zacharie Ngoumbe du Conseil Economique et Social, restés pour le soutenir. Il avait beaucoup consulté, entendu des plaintes, rassuré et pris des engagements personnels, tant avec certains qu’avec d’autres.

A peine une semaine après, le voici jouant au sapeur-pompier pour démentir une crise parfaitement perceptible dans les rangs, suite à la fuite des documents internes qui amplifient l’absence intrigante de certains ténors aux réunions qu’il convoque. (Lire son communiqué ci-contre). Ce n’est que le début des tensions qui l’attendent.

Le moins que l’on puisse dire est que le chef de la délégation permanente régionale du comité central du Rdpc pour l’Ouest a déjà une idée plus ou moins précise de ce qui l’attend, lui qui a été nommé à une période charnière d’une recomposition politique dans son pays.

 

Plus de 30 ans de ruse

Se voir confier les commandes de la coordination des activités du parti présidentiel dans la région de l’Ouest ne peut pas être une sinécure du fait de ce que cette région représente sur l’échiquier national. « Le Cameroun se fera avec l’Ouest ou ne se fera pas ! » avait prophétisé Paul Biya à juste titre au plus fort de la contestation de son régime en 1992. Sauf à donner son fauteuil à l’Ouest, on ne peut pas dire qu’il ne gouverne pas avec l’Ouest en dépit d’une forte crispation entre la région et lui comme on peut le voir lors des différents scrutins. L’habilité du chef de l’Etat qui sait redouter un rejet en bloc de la région aux mille potentialités a été jusqu’ici de sous-traiter son ancrage en s’appuyant sur des barons locaux (chefs traditionnels, milliardaires, hauts commis de l’Etat, leaders médiatiques, etc.) dont la mission première n’était pas forcément de gagner mais tout au moins de limiter l’érosion des sympathies en défaveur  du parti présidentiel  dans une région dont la méfiance si ce n’est la rébellion vis-à-vis du pouvoir central à Yaoundé tire ses racines de la période coloniale.

On y voit la clef de la survie du régime à l’épreuve des consultations électorales ces 30 dernières années. Ainsi lors des élections présidentielles, on commençait le dépouillement par l’Ouest et en fonction des difficultés à surmonter, l’activation des réserves de voix pouvait alors être modulée, notamment dans les régions du Grand Nord. Ce schéma qui a fonctionné depuis 1992 a été changé en 2025 avec l’introduction d’une nouvelle donne, celle d’une candidature d’un fils du Septentrion qui avait réussi à fédérer derrière lui, une ancienne base docile, volant le temps d’une élection le capital de contestation de l’Ouest. C’est une nouvelle donne bien intéressante pour Paul Biya qui aurait sans doute bien aimé tester la solidité ou la validité lors des prochains scrutins, lui qui est un spécialiste des jeux de couloirs et des manœuvres. Le pourra-t-il au regard de ses forces déclinantes ?

Plus que jamais, Paul Biya est obligé de gérer l’Ouest par procuration et l’autre nouveauté embarrassante dans l’affaire, c’est qu’il doit compter avec des personnes qu’il ne maitrise forcément plus. Ses vieux compagnons le quittent, les uns après les autres. Victor Fotso, Sa Majesté Ibrahim Mbombo Njoya, et depuis peu Marcel Niat Njifendji. Ceux qui survivent (Jean Nkuete, Madeleine Tchuinté, Emmanuel Nzeté, etc.) n’ont que leur loyauté à proposer. Leur épuisement du fait de l’âge, étant un facteur bien limitant dans une région où le mouvement et le dynamisme sont inscrits dans l’Adn des leaders. Ils le savent d’autant plus qu’eux-mêmes en ont usé pour se faire une place au soleil.

C’est dans ce contexte qu’arrive Dr. Nji Komidor Njimoluh Amidou qui va devoir user de toutes ses qualités de diplomate et de communicateur (c’est un ancien journaliste) pour gérer les mouvements d’humeur et les rivalités. Il va le faire en tenant compte des ambitions des uns et des autres mais aussi d’un environnement de fin de règne où les potentiels successeurs sont passés à la bonne école de Paul Biya. « Le Cameroun se fera avec l’Ouest ou ne se fera pas. On ne peut pas faire sans l’Ouest. A défaut de l’associer, la folie serait de l’ignorer » comme l’expliquait un chef d’entreprise de la région qui rapportait les propos de l’ancien ministre des finances Edouard Akame Mfoumou dont il est encore très proche.

Partant de là, derrière un conflit entre deux coqs qui luttent pour le contrôle politique d’un département ou d’un arrondissement, l’analyste serait avisé de vérifier au préalable s’il ne s’agit pas en réalité des correspondants locaux qui s’identifient comme partisans de Ferdinand Ngoh Ngoh, Franck Biya, Oswald Baboke et/ou autres, à tort ou à raison, présentés comme des potentiels fils du père, pressés d’être calife à la place du calife. Précisions aussi qu’à ce jeu de positionnement et de l’ombre, le patron régional  du Rdpc, lui-même ne peut pas être neutre. Ce qu’on lui demande, c’est simplement de bien cacher son jeu. Voyons voir, si ce Prince Bamoun saura passer son premier test dans une dizaine de jours.

Michel Eclador PEKOUA