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CNI : Une révolution à double vitesse à Bafoussam

Le Cameroun a basculé depuis février 2025 dans un nouveau système d'identification avec la promesse de délivrer la CNI 48h après enrôlement, et de mettre ainsi fin aux prorogations incessantes des récépissés. Plus d’un an après, ce système suscite autant d’espoir que de frustrations.

Par Ouest Echos 5 min de lecture
CNI : Une révolution à double vitesse à Bafoussam

Il est 11 heures, le 23 juin 2026, au centre d’identification du commissariat central No 1 de Bafoussam dans le département de la Mifi, Région de l’Ouest. L’ambiance est sereine, malgré des va-et-vient. Une foule de personnes attendent patiemment dans la cour. Les uns venus proroger leurs récépissés, les autres en attente de leur enrôlement après leur pré-enregistrement en ligne ou du retrait de leurs nouvelles cartes nationales d’identité (CNI). C’est le cas de M. Cyrille, détenteur d’un récépissé de l’ancien système en quête de son nouveau titre d’identité. Après quelques minutes de fouille, on lui dit qu’il n’est toujours pas disponible. Selon lui, cela fait plus de cinq ans qu’il a refait sa CNI. Il est à la cinquième prorogation de son titre. Ceci en violation du décret no2016/375 du 04 Août 2016 fixant les caractéristiques et les modalités d’établissement et de délivrance de la CNI qui stipule dans son article 8 alinéa 3 que, « la validité du titre provisoire d’identité est de trois mois (03) mois, éventuellement renouvelable une fois ». Toutefois, M. Cyrille précise que lors de son enrôlement, l’agent identificateur avait commis une erreur sur son lieu de naissance : au lieu de « Mbouda ville », il a écrit « Mbouda ». Se rendant compte le lendemain de cette erreur, il reviendra pour un nouvel enrôlement au cours duquel celle-ci sera corrigée. Une situation qu’il partage avec Njoya Mohamed qui, depuis quatre ans n’a toujours pas pu obtenir sa CNI. Il affirme lui aussi avoir fait corriger, au cours de son enrôlement, une erreur commise lors de l’établissement de sa première carte. « Sur ma première carte, il y avait une erreur sur mon nom. Au lieu de « Mohamed » on avait écrit « Mahamed ». Donc à la place de la lettre « O » on avait mis « A ». Lors de l’établissement de ma nouvelle carte, j’ai fait corriger cette erreur ».

Interrogé sur ces cas, le Commissaire de police principal Ekobe Yves Landry, chef du Centre Régional d’Identification de l’Ouest par intérim, explique que ces dysfonctionnements sont liés à la double identité. Mais qu’avec l’avènement du nouveau système d’identification, les usagers se trouvant dans cette situation peuvent désormais prétendre à l’établissement d’une CNI. Il précise à cet effet qu’à ce jour, « les détenteurs de récépissés issus de l’ancien système feraient mieux d’introduire une nouvelle demande conformément aux procédures actuellement en vigueur ». Alors que jusqu'à aujourd'hui, certains citoyens ne savent toujours pas pourquoi leur carte est indisponible.

LE PARI DES 48 HEURES Dans la cour du commissariat, Nadège, la quarantaine sonnée, est venue faire une nouvelle demande d’identification. Contrariée, elle ne cache pas sa déception après avoir constaté une erreur lors de son enregistrement physique. « Ils ont fait l’erreur sur mon jour de naissance. Au lieu de mettre 27, ils ont mis 24. Ils m’ont demandé d’attendre, qu’ils vont corriger », lâche-t-elle l’air inquiète. Ce n’est pourtant pas le cas de Nana Njoko Damarelle qui attend joyeusement son précieux sésame, après deux semaines d’espérance. « Hier soir j’ai reçu le message dans lequel on me disait de venir dans mon centre d’identification retirer ma carte. C’est pour cela que je suis là aujourd’hui. J’attends. », lance-t-elle le visage rayonnant. Sur ce retard observé lors du retrait des nouvelles cartes, le Commissaire de police principal Ekobe Yves Landry précise que : « Le délai de quarante-huit (48) heures concerne exclusivement la production de la CNI, après un enrôlement biométrique effectué avec succès. Dans la Région de l’Ouest, cette exigence est respectée dans plus de 90 % des cas ». Il ajoute à ce titre que, « …en tout état de cause, des messages sont automatiquement envoyés aux usagers afin de les informer soit de la disponibilité de leur CNI dans le Poste d’Identification compétent, soit du rejet de leur demande ou encore de leur mise en ré-enrôlement. Par ailleurs, les usagers peuvent consulter le lien d’assistance précédemment indiqué afin d’obtenir des informations complémentaires sur l’état d’avancement de leurs dossiers et sur les éventuelles diligences à accomplir pour leur traitement ».

DES MILLIERS DE CARTES ABANDONNÉS Pourtant malgré ces mesures, des milliers de Cartes nationales d’identité s’accumulent encore dans les postes d’identification. « À ce jour, près de 20 000 CNI produites dans le cadre du nouveau système demeurent en souffrance dans les 34 Postes d’Identification de la Région de l’Ouest. Ce volume s’ajoute aux quelques 27 000 CNI en souffrance issues de l’ancien système, portant ainsi à environ 47 000 le nombre total de cartes non retirées dans l’ensemble des Postes d’Identification de notre Région », déplore le Commissaire de police principal Ekobe Yves Landry. Ceci s’explique par le manque de familiarisation avec le nouveau système et les habitudes liées aux lenteurs historiques de l’ancien système, selon Me Dzanmene Hervé Christian, Avocat et défenseur des droits humains. Il indique par ailleurs que ce nouveau système présenterait un problème pour les personnes de 27 ans n’ayant jamais fait une demande d’identification. « Après recoupement, ils doivent se rendre à Yaoundé pour se faire établir la CNI par voie contentieuse », a-t-il confié.

Si le pari de la modernisation semble gagné, il reste le défi de la flexibilité tarifaire. Certains demandeurs confient avoir dépensé entre 17000F et 22000F pour l’ensemble de la procédure. D’après le chef du Centre Régional d’Identification de l’Ouest, ce phénomène est imputable à l’action des démarcheurs communément appelés « apacheurs », qui abordent les usagers en dehors des Postes d’Identification et leur proposent, contre rémunération, une assistance pour la constitution des dossiers ou la réalisation des formalités de pré-enrôlement en ligne. Il mentionne à cet égard que « conformément aux dispositions du Décret N° 2025/059 du 28 février 2025 fixant les caractéristiques et les modalités d’établissement et de délivrance des titres identitaires, le coût officiel de la Carte Nationale d’Identité est unique et invariable. Il est fixé à la somme de dix mille (10 000) francs CFA, payable exclusivement lors de la phase de pré-enrôlement en ligne ».

Nacer NJOYA (Cameroun Médias Plus)