OE: Après cette CAN le stade a beaucoup été sollicité pour le championnat national et pour des compétitions internationales comme les éliminatoires du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) entre autres. C’est un lendemain post CAN toujours aussi agréable ? KKMM : Tout à fait puisqu’après la CAN il y a eu beaucoup de sollicitations. Premièrement les gens venaient par curiosité, puisqu’il y en a qui n’ont pas vécu la CAN. Vous savez également comment en terme d’image ce stade a été vendu par les médias pendant cette compétition. Après la CAN disais-je beaucoup ont sollicité le stade par curiosité, mais aussi pour la qualité de sa pelouse qui nous rend fiers de nous. C’étaient des beaux jours qui se dessinaient et continuent à se dessiner malgré les difficultés.
OE: Et justement entre temps plus rien. Ce stade semble être aujourd’hui le moins sollicité par rapport aux autres. Qu’est-ce qui se passe véritablement ? KKMM : Je ne peux pas dire de manière exacte mais je vais tenter une esquisse d’explication. Vous savez qu’à l’époque lorsque les championnats s’organisaient ici on utilisait une décision du ministre (ministre des sports et de l’éducation physique, ndlr) qui répartissait les recettes. A ce moment la FECAFOOT était l’organe qui donnait la mise à disposition au stade et les recettes à la fin se répartissaient en fonction de pourcentage prévu par la réglementation. Depuis lors qu’il n’y a plus cette grille là et que les équipes pour la plupart sont celles qui décident des stades où elles vont jouer, au-delà du fait qu’elles décident de payer la mise à disposition du stade, ça devient difficile parce que le stade de Kouekong est situé à de 17kilometres de la ville de Bafoussam. Vous voyez que c’est difficile pour une équipe qui cherche la recette de penser qu’elle peut solliciter le stade de Kouekong et après vouloir entrer dans ses frais. Au-delà de cela, il ne faut pas oublier que lors de la CAN, vous vous rappelez les stades étaient gratuits, que les élites et les autorités mettaient les véhicules en route pour transporter les supporters. Vous voyez que ça devient difficile ! Il ne faut pas oublier les mentalités de chez où les gens préfèrent regarder un match à côté à Bemendzi ou à Toket que d’aller à 17 kilomètres de la ville ; ce sont les difficultés que nous rencontrons. Toutefois nous faisons tout pour maintenir le cap espérant que les choses vont s’arranger dans les brefs délais. Je crois que malgré tout, les choses ne sont pas aussi mauvaises que ça. Je crois que notre hiérarchie est en train d’y travailler dans le cadre des concertations avec les utilisateurs potentiels de ces stades-là.
OE: Quand vous êtes nommé comme coordonnateur général de ce stade, il n’y a pas encore l’ONIES. Il sera créé quelques mois après avec pour mission d’entretenir les stades. D’aucuns estiment qu’il y aurait un souci avec la location des stades dont le coût est élevé par rapport à avant. Est-ce que vous pouvez nous éclairer un peu ce point-là ? KKMM : Je crois que ce n’est pas le coût qui fait problème. Lorsque vous voulez une belle femme il faut utiliser beaucoup d’argent. Je m’amuse souvent à dire aux gens que sur cette terre l’or n’appartient pas à tout le monde. Ceux qui veulent acquérir de l’or sont ceux qui ont les moyens. Ceux qui n’ont pas d’argent trouveront une autre pierre que l’or. La situation du besoin dépend des moyens que nous disposons. Si quelqu’un veut solliciter le stade de Kouekong c’est un stade haut standing, c’est un stade mythique ; l’entretien n’est pas évident. Je prends souvent cet exemple : vous vous amusez de voir l’état du stade après un match ça fait peur. Peur parce que c’est sale, c’est ceci c’est cela. Si vous ne donnez pas votre contribution pour l’entretien à la fin c’est vous qui allez tirer sur ceux qui sont en charge. C’est pour ça que je dis toujours que la contribution qu’on demande c’est pour l’entretien du stade. C’est vrai que d’aucuns pensent qu’avant que l’ONIES n’arrive il n’y avait pas cette taxation. Je crois qu’il faut toujours apporter un appui à l’Etat pour qu’il puisse satisfaire ses besoins. On ne va pas laisser l’Etat gérer tout seul. Ce stade appartient à tous les camerounais. Chaque camerounais devrait se sentir concerné par son entretien. Je crois qu’à un moment il est question pour nous de sensibiliser les gens et qu’en donnant de l’argent pour l’entretien qu’on en soit fier.
OE: Il y a quelques mois, en saison sèche précisément on a vu sur la toile les images dégradantes présentées comme celles de ce stade. Etait-ce cela ? Si oui qu’est-ce qui fait problème ? KKMM : De prime abord je voudrai vous dire que ce n’étaient pas de images vraies. Vous savez lorsque vous entretenez une structure comme celle-ci il y a des détracteurs, vous pouvez subir des dégâts collatéraux par rapport à certaines instances supérieures à nous. Il y en a qui vous dira qu’on vous a confié quelque chose que vous n’entretenez pas. Je profite pour vous dire que ma hiérarchie m’en a tenu une petite rigueur parce que se disant pourquoi je n’en dis rien. J’ai pensé qu’on ne parle pas d’une chose qui n’existe pas. Certes le stade peut avoir certaines difficultés mais pas à ce niveau. Je crois que les gens ont un peu exagéré dans la façon de poser le problème. Et puis en terme de problème d’eau ce n’est pas trop grave parce qu’aujourd’hui le stade dispose deux forages qui peuvent palier aux difficultés d’arrosage. Vous savez, quand on construisait le stade en 2016, la ligne camwater (société en charge de distribution d’eau, ndlr) était une ligne déviée. Entre temps on a construit l’hôpital, on a construit les logements sociaux et d’autres structures et beaucoup de gens se sont installés sur la ligne, ce qui fait qu’aujourd’hui nous sommes les derniers clients, les derniers maillons de la ligne et pour que l’eau arrive ici c’est un peu difficile. Mais ONIES a pensé à faire autrement en octroyant deux forages. Je pense qu’à un moment les gens parlent de ce qu’ils n’ont pas vu. Aujourd’hui même il y a l’intelligence artificielle et ça peut permettre de tout faire. Ça fait que quand j’ai vu ces images j’étais un peu gêné mais pas gêné parce que c’était vrai mais parce que parfois vos détracteurs sont vos voisins ; pour quel intérêt ? Je ne sais pas. Mais au fond ce que je vais vous dire c’est que le coordonnateur et son équipe se battent pour mériter la confiance qui a été placée en nous, afin que ce stade reste le stade mythique qu’on connait.
OE: Monsieur le coordonnateur, est-ce à dire que le stade Kouekong n’a pas de problème d’entretien ? KKMM : Je ne peux pas dire qu’il n’y a pas un problème d’entretien. Il n’y aucune maison qui n’a pas de problème. Ce qu’il faut dire c’est que notre hiérarchie se bat bec et ongle pour pouvoir pallier aux difficultés que nous rencontrons. Le problème, ça existe partout ! Parfois même chez vous il y a des jours où vous n’avez pas à manger, ça arrive. Il ne faut pas que les gens donnent l’impression que les stades sont abandonnés, je dis non, c’est faux ! La chose qu’il faut dire c’est qu’on a toujours besoin d’amélioration. On ne va pas tirer sur le peu qui est donné pour qu’on résolve un, deux, trois, quatre ou cinq problèmes. Ce n’est peut-être pas suffisant mais je pense qu’avec le temps les choses vont s’améliorer.
OE: A propos de l’exploitation de ce stade, on constate que depuis quelques temps les matchs officiels ne se programment plus ici. Qu’est-ce qui explique cela ? Qui exploite finalement ces stades (principal et son annexe) ? KKMM : Bon en réalité on ne va pas obliger les gens à jouer là où ils estiment que leur public n’existe pas. Lorsque vous demandez au Racing de Bafoussam de venir jouer ici, Racing estime que, déjà les coûts sont plus élevés qu’à Bamendzi ou Toket, ce qui est normal, c’est un stade où les exigences sont plus élevées. Et puis les équipes aujourd’hui avec la situation économique souhaitent jouer dans les stades où elles peuvent avoir un peu de recette pour pallier aux difficultés qu’elles rencontrent. En termes de matchs qui se jouent ici, trop peu de matchs mais en discussion avec notre hiérarchie il y a des matchs internationaux qui sont en vue. Donc ‘’wait and see’’ !
OE: Sur le plan local on a vu Rizière du Noun commencer à recevoir ses matchs de ligue régionale ici cette année mais aussitôt tout s’est arrêté. Qu’est-ce qui s’est passé ? Est-ce à cause du coût ? KKMM: Oui peut-être le coût oui, mais peut-être aussi les mésententes liées aux mentalités liées aux incompréhensions. Vous savez, il ne faut pas seulement penser au coût mais aux mentalités qui tournent autour de ce que nous faisons. Il faudrait que les gens s’approprient ce stade. Vous pouvez ne même pas payer mais votre méthode d’entretien peut permettre à ce qu’on vous laisse jouer. Mon souhait est que je quitte ce stade en laissant quelque chose de positif. Je ne voudrais pas que ça tombe entre mes mains.
OE: En 2024 vous avez mené des plaidoyers pour l’homologation de ce stade au niveau de la CAF. Ce qui vous a fallu des félicitations et la Confédération Africaine a promis des matchs allaient être programmés ici. On va dire qu’entre 2024 et 2026 c’est un peu de déception? KKMM : Oui ! Déception vraiment je ne peux pas vous mentir. Quand vous faites des efforts comme ça il faut être récompensé, pas de récompense forcement pécuniaire. Je souhaite que ce stade soit utilisé parce que quand un stade ne vit pas l’entretien devient encore plus difficile. Vous savez, un endroit où vous ne marchez pas l’herbe pousse mais si vous marchez l’herbe ne pousse pas. Je suis un peu embêté mais je crois que les échanges que nous avons eus avec la hiérarchie des débats sont en train d’être faits avec l’instance faitière pour que les matchs se jouent ici. Tous les stades qu’on a construits c’est pour être utilisés.
OE: Par rapport à tout ceci, lorsque vous faites des rapports à l’ONIES quel est le retour que vous avez ? KKMM : Je crois que l’ONIES est en train de travailler là-dessus. Il y a même quelques mois nous nous sommes retrouvés à Yaoundé pour échanger dessus. Les rapports qui montent sont lus et sont tenus en compte parce que notre hiérarchie, l’administrateur de l’ONIES est très regardant sur le devenir de cette structure. Actuellement même je suis en train de travailler une plateforme qui permettra de mieux exploiter les stades et les différentes possibilités d’exploitation de cet espace.
OE: Que souhaiter au stade omnisports Kouekong de Bafoussam pour les prochaines années ? KKMM : Le stade Kouekong a un très bel avenir. N’oubliez pas que le quartier Kouekong est en train de beaucoup se développer. Quand vous analysez entre 2016 et aujourd’hui, il y a beaucoup de choses qui s’installent. Et à 95% vous allez vous rendre compte que dans ce que nous allons faire, c’est de tout faire pour que les gens s’intéressent beaucoup plus à cet espace, pas seulement en terme de football mais en terme de mariage, athlétisme et bref, d’organisation des évènements socio-culturels. Au niveau de l’ONIES il y a toute une cellule qui a été mise sur pieds pour travailler dans ce sens sur tous les stades sinon on aura mis l’argent au sol pour rien.
Interview réalisée par J.C. MOULIOM

